Sud Ouest : "Pessac, entre nature et architecture"

Un livre associant les textes de Bertil Scali et les photos de Patrick Messina propose un voyage dans une commune qui est à la fois le poumon vert de l’agglomération bordelaise et un champ d’expérimentations architecturales et urbanistiques.


"Pessac, ce n’est pas tout à fait la ville (…), c’est une abstraction concrète. Un fantasme réel", estime Bertil Scali dans les premières pages de "Pessac, ville moderne". Associé au photographe Patrick Messina, l’écrivain-agent littéraire-reporter (entre autres) publie un livre sur la commune dans laquelle il vit aujourd’hui. Une sorte d’hommage à un espace finalement atypique, qui commence aux portes de Bordeaux pour se terminer dans la forêt qui mène au bassin d’Arcachon.


Pessac n’est pas la seule commune de l’agglomération bordelaise à avoir ainsi un pied en ville et l’autre dans la nature, mais ce que montrent Bertil Scali et Patrick Messina, c’est à quel point la dichotomie y est forte. D’un côté, plus de 1200 hectares d’espaces boisés, six parcs pour une surface cumulée de 200 hectares, les 235 hectares d’espaces verts du campus, soit le poumon de la métropole; de l’autre, une série d’expérimentations architecturales et urbanistiques utilisant des matériaux aussi peu "verts" que le béton, l’acier ou le verre.


Le livre les met en exergue en un peu plus de 150 pages : la cité Frugès, imaginée dès 1924 par Le Corbusier; René Coulon, Rudy Ricciotti ou Bas Smets, qui ont dessiné le campus au fil des décennies; Philippe Starck, concepteur d’un chai en forme de coque de navire retournée au château Les Carmes Haut-Brion.


Il réhabilite même les tours de Saige-Formanoir, généralement vues comme "une erreur architecturale", mais que Bertil Scali compare aux réalisations de Ludwig Mies van der Rohe, directeur de l’école du Bauhaus avant de signer plusieurs immeubles marquants aux États-Unis. L’architecture dite "moderne", justement.


Partout les lignes géométriques, les angles droits, les toits plats, les façades rectilignes tranchent avec la paisible anarchie de la nature. Mais ce que montre "Pessac, ville moderne", c’est un dialogue plutôt qu’une tension. L’esthétique épurée des bâtiments qui met en valeur la vitalité des arbres ou de la vigne. Et vice versa.


Le cadrage sobre et très géométrique – lui aussi – des photos y est pour beaucoup. De même que leur lumière matte mais chaleureuse. Patrick Messina ne fait pas dans le tape-à-l’œil; il raconte en images. Comme Bertil Scali raconte avec des mots souvent simples, mais qui suffisent. Pas d’héroïsme littéraire, l’héroïne de ce livre, c’est une commune dans laquelle tous deux voient une terre d’utopie.