"Les Jours d'avant" : Bertil Scali était l'invité de France Bleu Gironde

Il y a 80 ans jour pour jour, le général de Gaulle lançait son appel à la Résistance contre l'Allemagne nazie, depuis Londres. Un discours mûri dans les quatre jours qui ont précédé le 18 juin 1940, entre deux aller-retour entre Bordeaux et la Grande-Bretagne.

Bordeaux a joué un rôle central dans l'Appel du 18 juin 1940, lancé depuis Londres par le général de Gaulle. Appel aux Français à résister contre l'Allemagne nazie, alors que le gouvernement s'apprêtait à capituler. Quatre jours cruciaux, du 14 au 18 juin 1940, que dépeint l'auteur pessacais Bertil Scali dans son livre "Les jours d'avant", aux éditions Michel Lafon. Il était l'invité de France Bleu Gironde ce jeudi matin.


France Bleu Gironde : Le 14 juin 1940, le gouvernement français se replie à Bordeaux et avec lui, le général de Gaulle. Est-ce qu’on peut dire que c’est à Bordeaux en 96 heures, que son destin, et celui de la France aussi, basculent ?


Bertil Scali : Oui ! Le 14 juin 1940, c’est un vendredi, un million de réfugiés arrivent à Bordeaux. Parmi eux, de Gaulle qui est général, en fait général de brigade, à titre temporaire et secrétaire d’Etat, quasiment inconnu. Il a 49 ans et il a failli démissionner le matin même. Il va faire deux aller-retour depuis Bordeaux et au cours de ces aller-retour, il va se révéler. Il est jusque là mis à l’écart et qui saisit une opportunité et incarne une sorte de réflexe de refus de la collaboration.


Vous le disiez, le général de Gaulle est un inconnu à ce stade, comment devient-il l’homme du 18 juin ?


Il arrive à Bordeaux et alors qu’il est à deux doigts d’abandonner, le soir, il dîne dans un restaurant à côté de Pétain. Il s’approche de lui pour essayer de le convaincre de ne pas aller vers l’armistice. Pétain lui serre la main mais ne lui parle pas. Quelque chose se déclenche en lui, puisqu’en sortant de ce dîner, il va à Londres, mais non pas en avion comme lors de son second voyage qui aura lieu quelques jours plus tard, il part en voiture. Il traverse toute la France, il prend un bateau ensuite à Brest, retraverse toute l’Angleterre en voiture, il retrouve Churchill qu’il supplie d’aider la France. Il propose de créer une sorte d’union franco-britannique dans laquelle les Français et les Anglais auraient le même passeport. Il téléphone à Bordeaux à Paul Reynaud qui dirige la France à ce moment-là, il lui propose cette formule qui est acceptée. Il reprend un avion, il rentre à Bordeaux, il arrive le 16 juin au soir et lorsqu’il descend de l’avion, il apprend que Reynaud a démissionné, que c’est désormais Philippe Pétain qui est le président du conseil. Il repart le lendemain matin, en avion. Tout cela a eu lieu entre Bordeaux et Londres et sur les routes, un inconnu total qui mûrit sa pensée.


Du coup, est-ce qu’on peut dire que cet appel est né à Bordeaux ?


Il est né à Bordeaux, lors de ces quatre jours, ces 96 heures. C’est vraiment dans les couloirs des ministères et auprès de Paul Reynaud, face au maire de Bordeaux, Adrien Marquet, qui était quelqu’un comme Laval, des gens très attirés par le fascisme, qui faisaient pression sur le gouvernement français et qui ont obtenu gain de cause. Le général de Gaulle, lui, va vraiment claquer la porte.


Pourquoi est-ce qu’on valorise si peu cet épisode bordelais ?


En fait comme il y a deux voyages de de Gaulle depuis Bordeaux vers Londres en deux jours, on ne retient que le deuxième dans lequel il part au petit matin depuis l’aéroport de Mérignac le 17 juin en avion et on oublie non seulement les 96 heures qu’il a passées à Bordeaux mais on ne réalise pas à quel point Bordeaux a été le centre du monde. Tout le gouvernement était là, toutes les ambassades du monde entier, tous les ministères, tous les fonctionnaires. Ce qui s’est joué là, c’est la bascule, c’était vraiment l’heure du choix, est-ce qu’on continue la lutte ou est-ce qu’on pactise, est-ce qu’on discute avec les nazis ? Et ça s’est joué à Bordeaux. C’est vraiment dans ces heures-là qu’individuellement, les gens ont choisi soit de collaborer, soit de ne rien faire, soit de partir.


Par Marie Rouarch, France Bleu Gironde, France Bleu